Marx

Contrôle social du sentiment d’injustice

Contrôle social du sentiment d’injustice

La Théorie critique de la société doit s’appuyer sur des exigences morales qui sont déjà portées par les sujets sociaux. Max Horkheimer, fondateur de l’École de Francfort, a formulé ce point de départ méthodologique, au début des années 1930.

La critique comme réalité sociale

La Théorie critique est en droit d’opérer, uniquement si elle découvre que sa critique existe déjà comme réalité sociale. En effet, la réflexion théorique doit pouvoir déboucher sur une application pratique et favoriser l’émancipation des groupes ou des classes sociales qui sont concernés.

Voir notre article sur le matérialisme historique et l’émancipation des individusA ce titre, le matérialisme historique de K. Marx et F. Engels constitue un modèle exemplaire de théorie critique. Il s’appuie sur l’existence d’un intérêt pour l’émancipation qui est porté par la classe ouvrière. Sa théorie de l’exploitation et de la lutte des classes fournit des armes intellectuelles à un mouvement social qui est guidé a priori par une exigence morale.

Tirant les conséquences logiques de cette prémisse, Max Horkheimer en appelle à une coopération constante de la théorie critique avec la sociologie. En effet, l’analyse sociologique est seule à même de mettre au jour les revendications et les intérêts pour l’action qui sont déjà présents au sein de la société.

L’abandon de la lutte des classes

Or Axel Honneth relève que tout un pan du diagnostic social a abandonné cette tentative de rattacher sa critique à une exigence d’émancipation déjà opérante au sein de la société. Cet abandon résulterait d’un échec à identifier une demande sociale d’émancipation. Il est notoire au sein des théories qui portent sur la fin de la lutte des classes et qui envisagent le capitalisme tardif comme une « société unidimensionnelle » (H. Marcuse) ou comme un « monde totalement administré » (T.W. Adorno).

Ces approches avancent que l’interventionnisme étatique a éteint l’intérêt des salariés pour l’émancipation. Les compensations matérielles, en terme de revenus et de réduction du temps de travail, l’intégration des syndicats à l’agenda des politiques gouvernementales pro-capitalistes, le développement du consumérisme, entre autres mécanismes, auraient plongé la classe salariale dans une sorte de docilité apathique.

Les exigences morales que la classe ouvrière avait tirées de son expérience de l’exploitation auraient été abandonnées ou satisfaites. Toutefois, cette vision d’une domination capitaliste qui serait devenue consensuelle soulève des objections.

Contrôle social du sentiment d’injustice

Une de ces objections consiste à dire que les sentiments d’injustice sont toujours bel et bien présents mais qu’ils sont plus ou moins masqués par un contrôle social rigoureux. Pour que le consensus de l’exploitation de type capitaliste ne soit pas remis en cause, l’État et les entreprises mettent en œuvre différents processus de contrôle de la conscience morale des exploités. Ces processus visent à juguler les tentatives d’expression du sentiment d’injustice.

A ce propos, Axel Honneth distingue deux types de processus. Le processus d’exclusion culturelle cherche à priver les exploités de langage et des possibilités d’exprimer symboliquement leurs sentiments. Un deuxième type de processus tente d’individualiser le sentiment d’injustice. C’est le processus d’individualisation institutionnelle. Il aboutit au résultat que les sujets se sentent victimes d’injustices à titre individuel. En réalité, ils partagent leurs expériences d’injustice avec les autres membres de leur classe, mais ils ne le savent pas.

Processus d’exclusion culturelle

Le processus d’exclusion culturelle rassemble un ensemble de stratégies déployées par le biais des dispositifs d’éducation, au sein des médias et de l’espace politique public. Ces stratégies visent à paralyser la capacité d’expression des expériences d’injustice, chez les exploités et les dominés.

Parmi ces stratégies, il y a le déploiement d’un système linguistique visant à formaliser et dépersonnaliser les expériences d’injustice. Les chômeurs deviennent des demandeurs d’emplois, en attente de rebondir. Les fermetures d’entreprises et les mises au chômage massives deviennent des plans sociaux ou des restructurations… Ce type de discours, propagé par les médias, les institutions économiques et étatiques, exclut drastiquement l’injustice sociale du monde de la communication.

Lire sur ce thème notre article « Magie sociale: Jojo Gilet Jaune et les Imposteurs »Par ailleurs, les possibilités d’exprimer des réprobations sont strictement encadrées. Premièrement, on n’a pas le droit de tout dire. Deuxièmement, on ne peut pas parler de tout dans n’importe quelle circonstance. Et troisièmement, n’importe qui ne peut pas parler de n’importe quoi. La valeur de la parole dépend du statut du locuteur.

A ces différentes modalités de privation de langage, on peut ajouter tous les mécanismes de refoulement institutionnel des traditions et de l’histoire, liées aux mouvements sociaux et à leurs victoires. Pensons par exemple, à l’effacement progressif de la mémoire collective de la bataille politique menée par les adhérents du Parti communiste et de la CGT pour la création de La Sociale.

Processus d’individualisation

Les processus d’individualisation institutionnelle recouvrent l’ensemble des stratégies déployées pour prévenir toute communication sur des expériences communes d’injustice.

Au sein des entreprises ou dans la société civile, l’arsenal stratégique est très fourni : valorisation de la prise de risque individuelle et de l’esprit de compétition, destruction des liens de voisinage, mise en concurrence des différents services ou succursales au sein d’une même entreprise, recours au travail intérimaire ou à des prestataires externes et démultiplication des statuts pour éviter l’émergence de revendications collectives, réalisation d’aménagements urbains qui réduisent les possibilités de créer des espaces publics de classe…

On peut placer dans cette catégorie tous les processus qui sont destinés à atomiser les conditions et les expériences de vie et de travail. Cette atomisation est sensée conjurer la formulation collective de sentiments d’injustice sociale.

Notons que le mouvement des Gilets Jaunes a réussi à briser cette tentative d’atomisation. Les ronds-points, les manifestations, les assemblées populaires, les réseaux sociaux constituent autant de lieux où les participants exposent leurs expériences individuelles de l’injustice. Et c’est ainsi qu’ils sont en mesure de les reformuler comme des préjudices partagés, liés aux modalités de l’organisation sociale.

A n’en pas douter, la pandémie du covid-19 va constituer, constitue déjà, une occasion de formuler des exigences morales collectives. A voir, si le lien pourra être établi entre ces exigences contextuelles et la remise en cause des rapports sociaux d’exploitation qui structurent notre société?

L’enjeu de notre temps n’est pas l’augmentation des budgets alloués à la santé. Le véritable enjeu consiste à sortir la production des soins des rapports capitalistes et du giron de l’État. La Sécurité sociale et l’hôpital public doivent être gérés démocratiquement, par les parties prenantes et financés par la cotisation, tel que cela a été prévu à leur création en 1946.

La Théorie critique qui veut s’appuyer sur un intérêt pour l’émancipation déjà existant doit prendre en considération que les processus de contrôle social peuvent atténuer ou altérer la formulation de cet intérêt.

© Gilles Sarter

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Matérialisme historique et émancipation individuelle

Matérialisme historique et émancipation individuelle

Le matérialisme historique, tel qu’envisagé par Karl Marx et Friedrich Engels, offre une base théorique qui permet de comprendre l’histoire sociale, tout autant que les histoires de vies individuelles. Quant au communisme, les deux auteurs le définissent comme un ensemble de rapports sociaux, centrés sur l’émancipation des individus.

Telles sont les deux thèses que défend le philosophe Lucien Sève, dans Marx et le libre développement de l’individualité.

Matérialisme historique: visions erronées

Selon un point de vue erroné mais largement diffusé, Marx et Engels auraient donné naissance, avec le matérialisme historique, à une théorie sociale déterministe. Les individus y seraient présentés comme de purs produits de leur environnement social et en particulier de leur classe.

Cette présentation déterministe du matérialisme historique est associée à l’idée que le communisme promouvrait d’une organisation collectiviste de la société. Marx et Engels ne se seraient pas proposés d’émanciper les individus, mais la classe des travailleurs dans son ensemble, en voulant édifier un ordre social abolissant les individualités

Nouvelle conception de l’essence humaine

Le passage au matérialisme historique s’opère, dans les écrits de Marx et Engels, avec L’Idéologie Allemande et les indications données dans les Thèses sur Feuerbach. La 6ème thèse en particulier délivre une formulation nouvelle du concept d’essence humaine :

« L’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu singulier. Dans sa réalité, c’est l’ensemble des rapports sociaux. »

Ce qui est abandonné ici c’est l’idée qu’il existerait une essence humaine abstraite. Une essence qui serait donnée naturellement à chaque être humain de porter en lui-même. En revanche, ce qui apparaît dans cette citation, c’est que chaque femme ou homme naît dans un monde où lui préexistent des rapports sociaux.

La 6ème thèse n’affirme pas que chaque individu porte en lui l’ensemble des rapports sociaux existants. Elle pose plutôt que la seule réalité à laquelle nous pouvons donner le nom d’« essence humaine », c’est l’ensemble des rapports sociaux que les individus trouvent en dehors d’eux-mêmes, à leur naissance.

Histoire sociale et histoires individuelles

Il en découle que la démarche du matérialisme historique n’aborde pas l’histoire de l’humanité comme l’histoire de l’actualisation, sous des formes toujours renouvelées, d’une essence humaine portée par les individus. Mais, elle l’envisage comme le développement concret des rapports sociaux au fil du temps.

Dès lors, quelle attitude adopte-t-elle à l’égard de la personnalité ou de l’individualité humaine ?

Tout individu en venant au monde se trouve immédiatement enserré dans une multitude de rapports sociaux de tous ordres : rapports d’esclavage, d’exploitation, de domination, d’égalité… Ces rapports sociaux déterminent ou limitent, dans une certaine mesure, ses conditions d’action ou de réalisation. Mais, en même temps, ces rapports sont quand même porteurs de formes de contingence qui leur sont spécifiques.

Contingence et nécessité

Ainsi, le capitalisme a considérablement étendu les possibilités pour les individus de choisir leurs activités professionnelles. Avec la notion de « travailleur libre », il a affranchi les individus de certaines contraintes antérieures (servage, organisation de la société en ordres et en corporations) qui limitaient les possibilités de choix relatifs aux orientations de vie.

Cependant, toutes les femmes et les hommes ne sont pas, non plus, vraiment libres au sein du capitalisme. L’organisation de la production sur la base de la propriété privée des moyens de production et l’organisation de la société en classes sociales qui en découle constituent des limitations puissantes à l’expression de certaines formes de liberté personnelle, notamment le choix des études ou de la profession.

L’analyse sociologique montre qu’il y a une impossibilité pour les individus appartenant à certaines classes sociales, de surmonter ces barrières en masse. Même si bien sûr des individus singuliers peuvent y parvenir. L’assignation à la pauvreté illustre cette impossibilité. Ainsi l’OCDE et l’INSEE estiment, qu’en France, il faut en moyenne 6 générations aux descendants de la population appartenant aux 10 % les plus pauvres, pour atteindre le revenu moyen.

Contradictions du capitalisme et subjectivités révolutionnaires

Les contradictions du capitalisme sont des réalités objectives. Les relations d’exploitation et l’appropriation privée des richesses contredisent le caractère de plus en plus social de la production et la publicité qui est faite autour de l’universalité des Droits de l’Homme et de la démocratie. Les aspirations révolutionnaires individuelles ou subjectives germent du constat de ces contradictions objectives.

Tant que ces contradictions ne seront pas dépassées, ces aspirations vont se renouveler. L’histoire repose nécessairement les questions qui ne sont pas résolues. Cependant, c’est aux individus qu’il revient de résoudre librement ces questions.

Marx et Engels affirment donc que c’est par la prise de conscience et par l’activité des individus que le dépassement du capitalisme adviendra. Dans la lettre à Annenkov du 28 décembre 1846 :

« L’histoire sociale des hommes n’est jamais que l’histoire de leur développement individuel »

Communisme comme mouvement réel

Communisme est le nom donné au mouvement réel d’abolition du capitalisme. C’est un mouvement social qui est l’œuvre de femmes et d’hommes singuliers. La société communiste n’est absolument pas un modèle de société décrété dogmatiquement et imposé de l’extérieur afin d’écraser ces individus.

Ce qui est voué à disparaître se sont les rapports d’exploitation et de domination qui constituent le mode d’organisation capitaliste. Ce qui est voué à les remplacer ce sont des rapports sociaux égalitaires et solidaires. Ce qui est voué à disparaître, c’est la figure de l’individu aliéné par le capital. Ce qui est voué à la remplacer, c’est la figure de l’individu intégralement émancipé.

Aux deux affirmations qui sont souvent opposées – « pour changer la société, il faut d’abord changer l’être humain » et « pour changer l’être humain, il faut d’abord changer la société » – le matérialisme historique répond que:

Rapports sociaux et formes d’individualité vont nécessairement de pair. Ils ne peuvent changer qu’ensemble.

© Gilles Sarter

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Philosophie Sociale: les Fondateurs

Philosophie Sociale: les Fondateurs

La philosophie sociale cherche à définir et à analyser les processus qui, à l’intérieur des sociétés, apparaissent comme des évolutions manquées ou des pathologies sociales. L’expression a été forgée par Thomas Hobbes. Mais c’est chez Jean-Jacques Rousseau que Axel Honneth (La société du mépris) observe les véritables débuts de la démarche réflexive qui est propre à la philosophie sociale.

Rousseau fonde la philosophie sociale

Dans un contexte de guerres civiles et religieuses, Hobbes a essayé de déterminer quels dispositifs juridiques permettraient à un État absolutiste d’assurer la pacification de la société. La réflexion de Rousseau porte sur un autre sujet. En effet, il entreprend de critiquer le modèle de la société bourgeoise.

Selon le diagnostic du philosophe, cette formation sociale est caractérisée par une pression grandissante de la concurrence interindividuelle ainsi que par la propagation d’activités et de motivations qui reposent sur la vanité, la tromperie et l’envie.

Son Discours sur l’Inégalité se présente comme une tentative de mettre au jour les causes de la corruption de la vie sociale. Il ne s’agit donc plus comme chez Hobbes d’identifier les modalités juridiques de la préservation de la stabilité de la société. La question qui intéresse Rousseau est au fond celle de savoir si les nouvelles conditions d’existence permettent encore aux êtres humains de mener une vie bonne et réussie.

Homme en lui-même ou Hors de lui-même

Pour mener à bien son entreprise critique, on sait que Rousseau s’appuie sur la reconstruction conceptuelle d’un « état de nature ». Dans les conditions pré-sociales, l’Homme vit « en lui-même ». Il accomplit sa vie dans la paisible assurance de ne vouloir que ce que lui enjoignent ses penchants individuels.

En se socialisant, il commence à établir des relations d’interaction et de réciprocité avec ses prochains. Dès lors, le point d’ancrage de ses motivations se déplace vers l’extérieur. « Le sauvage vit en lui-même, écrit Rousseau, l’homme sociable toujours hors de lui ne sait vivre que dans l’opinion des autres. »

Inséré dans la société, l’être humain perd la certitude tranquille de son libre-arbitre. Si de plus, dans cette société, l’envie d’acquérir de la propriété privée est artificiellement entretenue, l’individu se trouve rapidement aspiré dans une spirale ascendante de recherche de reconnaissance, de vanité et de quête de prestige.

Dans la description de ce processus, Axel Honneth voit l’invention de l’idée d’aliénation et l’origine d’un questionnement sur les limites qu’une forme de vie sociale peut imposer à l’Homme dans sa quête de réalisation de soi.

Individualisme ou Bien commun

Georg Wilhelm Hegel est influencé par cette tentative de Rousseau d’opposer les changements de conditions sociales à des formes idéales de l’action humaine. Mais ce que Hegel considère comme pathologique dans la vie sociale de son époque, c’est au contraire de Rousseau, une exacerbation de l’individualisme.

Son diagnostic est celui d’une atomisation de la société. Les citoyens dont les libertés subjectives connaissent un développement sans précédent ne sont plus reliés les uns aux autres que par des règles juridiques. La société bourgeoise a détruit l’intégration éthique des communautés traditionnelles.

L’engagement pour le bien commun et la possibilité d’établir du lien social constituent les conditions de réalisation d’une vie humaine réussie.

Or, dans la société bourgeoise individualiste, les individus perdent ce sentiment d’appartenir à un tout qui les dépasse et dont ils sont des éléments constitutifs.

Aliénation ou Réalisation par le Travail

Karl Marx est le premier penseur qui place l’expérience de la misère économique et du déracinement social, au centre du questionnement de la philosophie sociale. Pour lui, c’est grâce au processus du travail autodéterminé que l’être humain parvient à la réalisation de soi.

Marx ne parle pas d’un état de nature mais d’une disposition naturelle. Une potentialité propre à l’être humain réside dans sa capacité à s’objectiver dans le produit de son travail. Au cours de ce processus, l’Homme expérimente ses propres forces et parvient à la conscience de lui-même.

La réalisation d’une vie bonne repose sur la possibilité d’éprouver le processus du travail autodéterminé.

Or les conditions sociales structurelles liées à la prévalence du mode de production capitaliste empêchent le déploiement de cette forme de travail. La classe bourgeoise exerçant le contrôle du travail enlève aux travailleurs toutes capacités de décider de leurs activités. Elle les prive ainsi de la possibilité de mener une vie épanouissante.

L’organisation capitaliste du travail débouche sur quatre formes d’aliénation sociale. Le travailleur est entravé dans la réalisation de ses potentialités humaines. De ce fait, il devient étranger à sa propre personne, en même temps qu’au produit de son travail et qu’à tous ses congénères. Ce n’est pas seulement parce qu’il prend la forme de rapports sociaux injustes que le capitalisme doit être considéré comme une pathologie sociale, mais surtout parce qu’il aliène l’être humain de ses capacités.

Nihilisme ou Affirmation de la vie

En Europe occidentale, la fin du 19ème siècle est marquée par une forte urbanisation qui est associée à une poussée des demandes égalitaristes et démocratiques. Dans certains milieux bourgeois, cette conjonction déclenche une réaction négative qui se traduit par l’usage du terme « massification ». Par ailleurs, l’industrialisation croissante s’accompagne d’une modification des habitudes de vie quotidienne. Ce phénomène engendre une forme de malaise. La vie sociale est alors décrite comme désolée, vidée de sens, de grandeur et d’originalité.

Friedrich Nietzsche condense dans le terme nihilisme, l’expression symptomatique de ce qui constitue selon lui la pathologie culturelle de son époque.

Toutes les orientations de l’activité humaine en fonction de valeurs qui affirment la vie sont supprimées, en faveur d’une attitude de réserve et de réflexion.

Lire un article sur le concept de société maladeNietzsche s’intéresse davantage aux orientations culturelles et historique de l’humanité qu’aux problèmes sociaux. Son objectif consiste à essayer de dégager, à l’intérieur des systèmes culturels du passé, les interprétations de la vie qui sont à l’origine du nihilisme présent. Ce programme, mis en application dans La Généalogie de la morale, demeurera un modèle méthodologique pour les penseurs tels Adorno, Horkheimer ou Foucault, qui prétendront établir des diagnostics de la société présente en s’appuyant sur la philosophie sociale.

Évolutions sociales et Vie bonne

Les critiques de la vie sociale entreprises par Rousseau, Hegel, Marx et Nietzsche ouvrent le chemin à la réflexion qui constitue le cœur de la philosophie sociale.

Ces quatre penseurs critiquent des évolutions sociales qu’ils envisagent comme contrariant les possibilités de mener une vie bonne. Pour ce faire, chacun s’appuie sur des présupposés qui sont relatifs à une réalisation de soi satisfaisante.

Pour Rousseau, il s’agit d’un rapport à soi que rien ne doit venir perturber. Hegel pose comme prémisse à l’épanouissement individuel, l’existence d’une sphère sociale dans laquelle chacun se préoccupe de la réalisation d’autrui. Chez Marx, la pleine concrétisation des potentialités humaines repose sur un processus d’objectivation dans le travail. Pour Nietzsche, enfin, la réalisation de l’être humain est conditionnée par l’existence de valeurs d’affirmation de la vie et orientées vers l’action.

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Découvrez l’œuvre d’un grand sociologue américain

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S’émanciper de la politique

S’émanciper de la politique

Pour le Karl Marx de « Sur la Question Juive », l’émancipation humaine advient quand les individus socialisés se réapproprient leur force sociale.

Les Hommes sont des êtres sociaux. Ils sont capables de déterminer eux-mêmes leurs rapports mutuels. Ils savent les établir de manière à en retirer une force sociale, qui constitue un surplus par rapport à leurs forces individuelles.

Toutefois, il se peut qu’un processus d’aliénation sépare les Hommes de la force sociale. Alors, la force qui résultait des rapports humains se dresse finalement face à eux, comme s’il s’agissait d’une force autonome et hostile. C’est la force politique.

La philosophie politique illustre ce processus d’aliénation lorsqu’elle définit la sphère politique comme étant supérieure et extérieure aux autres sphères de l’activité humaine. Dans la théorie et dans la pratique, la politique devient l’instance qui prend en charge la question des rapports humains. Elle est le domaine où s’imaginent et s’élaborent les dispositifs et les institutions qui construisent la société.

De l’aliénation des individus par la politique, il résulte un dédoublement, entre la société civile où se déroule les actions de la vie privée et l’État qui est le « ciel idéal de cette société ». Nous allons voir pourquoi Karl Marx utilise cette métaphore religieuse.

Dès lors l’émancipation, c’est-à-dire la reprise par les individus de la capacité à déterminer leurs rapports, a-t-elle un lien avec la démocratie ? La réponse est oui, mais seulement si la sphère politique est abolie, en tant qu’univers séparé de la société civile.

Dans la République démocratique ou l’État démocratique, tels que nous les expérimentons, l’Homme est encore religieux.

Il se comporte vis-à-vis de l’État, comme le chrétien vis-à-vis du Royaume des Cieux. Bien que l’État, à la différence de l’ancien Ciel, possède une réalité tangible, l’individu l’envisage encore comme un « au-delà », par rapport au monde concret et quotidien, dans lequel il mène sa vie privée. Du reste, l’État ou ses représentants se comportent eux-mêmes, envers la société civile ou les gens ordinaires, comme le Ciel envers la Terre.

Sur le même thème, lire notre article sur E.O. Wright et la notion de pouvoir socialDans l’État démocratique, le citoyen constitue la forme abstraite de l’individu réel. C’est de manière abstraite que l’État décrète l’égalité entre les citoyens et leur participation à la souveraineté nationale. Dans la réalité concrète, toutes les formes d’inégalités sociales et politiques perdurent. La chimère de la participation à l’organisation de la société est entretenue par la tenue périodique d’élections. Concrètement, les individus cèdent à des représentants, leur capacité à organiser les rapports humains.

En tant que citoyens abstraits, les individus se pensent comme des êtres génériques et communautaires. Mais en tant qu’Hommes effectifs, participants aux activités sociales et économiques, ils se pensent comme indépendants. Ils se comportent en égoïstes, considèrent les autres comme des moyens ou se ravalent eux-mêmes à ce rang. Et c’est parce que la politique est conçue comme une sphère indépendante et placée au-dessus des autres activités sociales que s’exerce, au sein de la société civile, la « guerre de tous contre tous ».

L’État-démocratique ne réalise donc pas le projet de l’émancipation humaine. Au contraire, il dépossède l’individu des forces qui lui sont propres.

Si l’émancipation consiste, à l’inverse, dans la reprise des forces sociales par l’Homme socialisé, alors elle ne peut advenir que par la suppression du politique en tant que sphère séparée des autres activités sociales.

L’Homme réel doit devenir communautaire concrètement et non abstraitement, en déterminant lui-même les rapports humains qui permettent le développement de la force sociale. Cette auto-détermination implique que le peuple édicte lui-même ses propres lois au lieu de confier cette tâche à un corps séparé de représentants.

L’émancipation humaine sera réalisée, par la démocratie véritable. C’est-à-dire lorsque les individus organiseront leurs forces propres en tant que force sociale et qu’ils ne sépareront plus d’eux-mêmes cette force sociale, sous la forme de la force politique.

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Relations d’Exploitation, d’Oppression et de Domination

Relations d’Exploitation, d’Oppression et de Domination

La relation d’exploitation joue un rôle fondamental dans l’organisation des sociétés capitalistes. A ce titre, il convient d’en détailler les principes et de bien la distinguer des relations d’oppression et de domination.

Les Relations Sociales

Les relations d’exploitation, d’oppression et de domination représentent trois types de relations sociales. C’est donc cette notion qu’il convient d’abord de clarifier. Contrairement à ce que le langage courant laisse entendre, ce qui est relié dans les relations sociales ce ne sont pas des gens mais des actions sociales. C’est-à-dire, selon la définition classique de Max Weber, des actions orientées vers autrui.

Ainsi, lorsque nous évoquons la relation entre employeurs et travailleurs, il s’agit d’une manière elliptique de parler des relations entre les actions des uns et des autres.

Si nous y réfléchissons bien, il paraît même difficile de définir ces deux catégories d’acteurs sans faire référence aux comportements des uns à l’égard des autres. Les employeurs embauchent, encadrent, donnent des ordres, définissent le travail et licencient des travailleurs. Ces derniers vendent leur force de travail et obéissent à des employeurs.

La Relation d’Exploitation

Pour être qualifiée d’exploitation, E.O. Wright précise qu’une relation sociale doit satisfaire les trois principes que sont l’interdépendance inverse de la prospérité, l’exclusion des moyens de production et l’appropriation de l’effort des exploités.

L’interdépendance inverse de la prospérité signifie que la prospérité matérielle des exploiteurs dépend causalement de la privation matérielle des exploités.

Les exploiteurs s’enrichissent parce que les exploités s’appauvrissent. Les intérêts des exploiteurs et des exploités ne sont pas différents, ils sont antagonistes.

Le principe d’exclusion désigne le fait que les exploités sont exclus de l’accès à certaines ressources productives.

Ce principe est étroitement lié, dans nos sociétés, à l’idée de propriété. Cette notion est porteuse d’une ambiguïté. Elle incite à penser que les droits de propriété sont des relations des personnes aux choses.

En réalité, il faut garder à l’esprit que ce que nous appelons des droits sur des biens définit une relation sociale. Il s’agit d’une relation d’exclusion dans le cadre de l’utilisation de ces biens. Les propriétaires de terres, de machines ou d’usines, reconnus par le droit de propriété, décident seuls de l’usage ou du destin de ces choses. Ils peuvent les utiliser pour produire des marchandises. Ils peuvent les louer, les prêter, les vendre ou même les détruire si ça leur chante. Les non-propriétaires sont exclus de toutes ces possibilités d’agir.

Erik Olin Wright, Class Counts: Comparative Studies in Class Analysis, Cambridge, Cambridge University Press, 1997 Les relations de propriété concernent donc la manière dont les activités des gens sont reliées. Elles ne concernent pas simplement leur distribution. Pour cette raison, Bernard Friot (L’enjeu du salaire) dit que, dans le système capitaliste, les travailleurs sont traités comme des « mineurs sociaux ». En effet, ils sont écartés de toutes les décisions qui portent sur l’usage des moyens de production, sur ce qui doit être produit, sur ce qui doit avoir de la valeur ou pas… Seule leur est due une rémunération qui constitue un pouvoir d’achat.

Il existe des sociétés, au sein desquelles, les relations sociales n’excluent personne de l’accès direct aux moyens de subsistance (terres, animaux, plantes…). Le système économique capitaliste détruit les relations de ce type quand il s’impose comme modèle dominant. Une minorité finit par écarter la majorité des gens de l’accès direct aux moyens de subsistance.

Le troisième et dernier principe de l’exploitation est le principe d’appropriation. Les exploiteurs s’approprient l’effort des exploités.

Les capitalistes détenteurs des moyens de production s’approprient la survaleur du travail de leurs employés (la différence entre la valeur créée par leur travail et la valeur de leur rémunération).

La Relation d’Oppression

La relation d’exploitation ne peut être confondue avec la relation d’oppression. L’oppression est une relation sociale qui ne s’appuie pas sur le principe d’appropriation mais seulement sur le principe d’exclusion.

Les opprimés sont purement et simplement exclus de l’accès aux ressources productives. Dans cette situation, l’oppresseur n’a pas besoin des opprimés.

La colonisation de l’Amérique, par exemple, a abouti à l’exclusion des peuples autochtones de l’accès aux ressources naturelles et finalement à leur génocide. En Afrique du Sud contrairement à ce qui s’est passé en Amérique, la colonisation s’est accompagnée de l’exploitation de la population locale, pour l’extraction minière ou l’agriculture.

L’exploitation est une forme de relation qui est peut-être plus explosive que l’oppression. En effet, elle confère une forme de pouvoir aux exploités, dans la mesure où les exploiteurs ont besoin de leur travail. Les personnes oppressées n’ont que la résistance physique. Celle-ci est précaire. Comme les oppresseurs n’ont pas besoin des opprimés, ils peuvent réagir à leur encontre de manière très sanglante.

La Relation de Domination

Exploitation n’est pas non plus synonyme de domination. Dans son ouvrage de synthèse sur les courants de la critique sociale, Hémisphère gauche, Razmig Keucheyan souligne que le concept d’exploitation qui était autrefois très présent dans les sciences sociales tend à disparaître au profit de celui de domination qui est supposé plus inclusif.

Cette tendance correspond à une perte de centralité du conflit entre capital et travail, dans l’explication des phénomènes sociaux. Pour E.O. Wright, ce décentrement constitue une faiblesse.

Sur le plan de l’analyse sociologique, la distinction entre domination et exploitation est importante, si nous voulons préserver l’idée que les intérêts des individus ne sont pas seulement n’importe quel intérêt subjectif.

La domination réfère à la capacité de contrôler les activités des autres. Elle n’implique pas des intérêts spécifiques aux acteurs impliqués. Par exemple, les parents dominent leurs enfants. Mais cela n’implique pas que les deux catégories d’acteurs aient des intérêts antagonistes.

A l’inverse, l’exploitation implique un ensemble d’intérêts matériels opposés. Les profits économiques sont acquis à partir du travail de ceux qui sont exploités. Bien sûr, il y a aussi de la domination dans la production.

A ce titre, toute exploitation entraîne une forme de domination. Cependant toute domination n’implique pas exploitation.

Et c’est bien la relation d’exploitation qui est centrale dans l’économie capitaliste et qui permet à 26 multimilliardaires de posséder plus que 3,8 milliards de personnes dans le besoin.

© Gilles Sarter


Erik Olin Wright (1947-2019) est un sociologue américain grand spécialiste de l’étude des classes sociales et des alternatives au capitalisme. Sur son apport à la connaissance des sociétés contemporaines et à l’activisme anticapitaliste, voir notre livre:

Couverture du livre Erik Olin Wright et le pouvoir social

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Accumulation par Expropriation

Accumulation par Expropriation

L’accumulation par expropriation est un concept forgé par le géographe David Harvey. Il désigne le processus par lequel le capitalisme s’approprie des secteurs de la société qui lui échappaient jusqu’alors.

Extérieurs non-capitalistes

Pour développer sa théorie, David Harvey s’est inspiré des écrits de Rosa Luxemburg (L’Accumulation du capital, 1913).

La philosophe et activiste allemande explique l’impérialisme colonial de son époque par une crise de sous-consommation.

Le capitalisme prospère sur la base de l’exploitation des travailleurs. Ces derniers ne détiennent pas un pouvoir d’achat suffisant pour absorber la production qui résulte de leur travail. Pour sortir de cette crise de sur-production ou de sous-consommation, selon l’angle de vue que l’on adopte, le capitalisme a besoin d’un « extérieur non-capitaliste ».

La colonisation armée permet de maintenir de larges zones géographiques en état de sous-développement, afin d’y écouler les marchandises produites dans les nations impérialistes.

David Harvey accepte cette idée selon laquelle le capitalisme a besoin de disposer d’un « extérieur non-capitaliste ». Mais pour le géographe ce besoin n’est pas déterminé par des crises de sous-consommation. Il est inhérent à la nature du capital.

Sur-accumulation de capitaux

Karl Marx a insisté sur le fait que le capital n’est pas une chose mais un processus de circulation. Fondamentalement, il s’agit de faire circuler l’argent pour faire du profit. C’est-à-dire pour gagner encore plus d’argent.

Il existe différentes manières de réaliser du profit. Le détenteur d’une somme d’argent peut la prêter contre des intérêts. Il peut acheter des marchandises et les revendre plus cher ou acquérir des terres et en céder l’usage en échange d’un loyer. Mais par définition, un capitaliste est une personne qui achète des moyens de production (machines, usines…) et de la force de travail pour produire des marchandises dont la vente lui rapporte un bénéfice.

Dans une économie donnée, quand l’accumulation de capitaux (argent, titres boursiers, infrastructures, machines…) devient trop importante alors survient un problème. Les opportunités d’investissement ayant un niveau de rentabilité suffisant aux yeux des investisseurs diminuent.

C’est à ce moment que les « extérieurs non-capitalistes » deviennent nécessaires pour écouler les capitaux en excès.

Nouveaux lieux d’accumulation

Les « extérieurs non-capitalistes » constituent des nouveaux lieux d’accumulation de capital. Depuis sa transition vers l’économie de marché, dans les années 1970, la Chine représente par excellence un de ces lieux.

Mais ce mécanisme de transfert est limité. Car le nouveau lieu d’accumulation se met lui aussi à produire une fois qu’il a recueilli suffisamment de capitaux. C’est ce qui s’est passé au Japon et en Europe à partir des années 1960, après une période d’absorption de capitaux américains, destinés à la reconstruction d’après-guerre.

David Harvey affirme qu’il devient problématique de trouver des régions du globe où investir les capitaux surabondants. Les gouvernements et les entreprises essaient donc de créer de tels endroits par un processus d’expropriation.

Accumulation par expropriation

Le concept d’accumulation par expropriation désigne les situations dans lesquelles les secteurs non-capitalistes de la société sont transformés, plus ou moins violemment en secteurs capitalistes.

L’accumulation par expropriation peut prendre la forme d’expulsion ou de privation d’usage de ressources dont l’exploitation était jusqu’alors organisée collectivement : paysans d’Amérique latine ou d’Inde, chasseurs-cueilleurs d’Amazonie,…

Elle passe aussi par la privatisation de services et d’infrastructures publiques. L’école, la santé, la distribution d’énergie, les transports collectifs, les routes, les aéroports, les systèmes de retraite… sont cédés au capital. La communauté des citoyens s’en trouve dépossédée au profit d’opérateurs privés.

Pour parvenir à ces expropriations, le crédit et le capital financier constituent de puissants leviers.

Les fonds d’investissements spéculatifs (hedge funds) représentent le fer de lance moderne de l’accumulation par dépossession. En menant des attaques spéculatives contre des entreprises détenues partiellement par des États, ils peuvent contraindre ces derniers à vendre leurs actifs. Les organismes internationaux tels que le FMI, la Banque mondiale ou la Banque européenne sont eux aussi en mesure d’imposer la privatisation des services publics dans les pays qui tombent sous leur férule.

Les accords internationaux sur le commerce, sur les droits de propriété intellectuelle, sur les brevets et les licences d’exploitation sont utilisés contre les populations qui ont joué un rôle fondamental dans la mise au point de matériels végétaux, génétiques, culturels, intellectuels, artistiques…

Enfin et ce n’est pas le moindre, dans de nombreux pays, les classes politiques dirigeantes facilitent et sécurisent cette expropriation par l’ensemble des moyens formellement légaux dont elles disposent.

En France, le conflit entre intérêts de la collectivité et intérêts des acteurs économiques privés est parfaitement assumé par une classe d’acteurs qui peuvent occuper alternativement des postes au sein de l’exécutif politique, de la haute administration et de la direction de grandes entreprises ou d’établissements financiers.

Accumulation primitive

L’appropriation violente des biens communs ou publics par une minorité constitue un acte fondateur du capitalisme. En cela, elle n’est pas nouvelle. C’est ce que Karl Marx appelle l’accumulation primitive.

Karl Polanyi, dans La Grande Transformation, nous rappelle qu’elle a débuté notamment avec la terre. Traditionnellement, la main d’œuvre et la terre n’étaient pas séparées. La terre fait partie de la nature et la main d’œuvre appartient à la vie. Nature et vie formaient autrefois un tout articulé. La terre était donc liée aux organisations sociales (tribu, famille, voisinage, village…).

Séparer la terre de l’humain, organiser la société pour satisfaire un marché du foncier, cela a constitué un moment fondateur de l’économie capitaliste.

Il y eut d’abord un capitalisme agricole qui par l’enclosure créa des exploitations agricoles individualisées, sur des terrains communaux. Il y eut aussi un premier capitalisme industriel rural qui avait besoin de terrains pour y bâtir des usines et des logements ouvriers. Du fait de ces expropriations les paysans durent quitter leurs terres et n’eurent d’autres choix que de travailler dans les nouvelles industries.

La théorie que David Harvey met en avant c’est que ce phénomène de dépossession ne se limite pas aux origines du capitalisme.

Au contraire, pour que le modèle de production capitaliste perdure, il doit être constamment renouvelé ou étendu grâce à l’accumulation par expropriation.

(c) Gilles Sarter

Publié par secession dans Sociologie du Capitalisme, 1 commentaire