Sociologie Critique

Couverture livre Erik Olin Wright et le pouvoir social

Introduction

« Social » n’est pas un vain mot pour Erik Olin Wright. Science sociale émancipatrice, inégalité sociale, relation sociale d’exploitation, classe sociale, pouvoir social, socialisme. Comme qualificatif ou comme radical, ...
lire la suite →
bureaucrate et responsabilité morale en scoiologie critique et en critique sociale

Le Bureaucrate et sa Responsabilité Morale

La question de la responsabilité morale des bureaucrates est récurrente dans nos sociétés où la bureaucratie est devenue un mode d’organisation prédominant. Max Weber et Hannah Arendt ont tenté de ...
lire la suite →
magie sociale bourdieu mauss sociologie critique

Magie Sociale : Jojo et les Imposteurs

Certains agents sociaux peuvent tenir des discours d’autorité, d’autres non. La magie sociale, c’est l’opération collective qui (comme par magie) transforme un imposteur illégitime – quelqu’un qui tente de s’imposer ...
lire la suite →
société communauté sociologie critique

Société ou Communauté?

L’imaginaire libéral privilégie dans son interprétation du monde social la notion de société, au détriment de celle de communauté. Le concept de société (societas) désigne étymologiquement une alliance, une association, ...
lire la suite →

Socialisation : Intériorisation de Dispositions

La socialisation est souvent définie comme le processus qui permet d'établir une personne à l'intérieur d'une société ou d'un groupe social. Un courant de la sociologie l'envisage, plus précisément, comme ...
lire la suite →
L'anlayse sociologique de Bouridue se fonde sur l'idée d'habitus

L’habitus: au cœur de la sociologie de Bourdieu

Le concept d'habitus est central dans la sociologie de  Pierre Bourdieu. Dans cet article, nous en détaillons les tenants. Puis, nous expliquons, comment la notion permet de rendre compte des ...
lire la suite →
don capital symbolique sociologie secession

Capital symbolique, don et contre-don

Le don oblige. A ce titre, il a partie liée avec le pouvoir et la domination. C'est l'un des enseignements que livre l' Essai sur le don (1924), de Marcel ...
lire la suite →
euphémisation et domination sociologie secession bourdieu

Euphémisation : la domination s’impose mieux masquée

Les relations de domination constituent, selon Pierre Bourdieu, des éléments de base de l'organisation des sociétés. L'exercice de la domination est parfois dissimulé. Il est rendu méconnaissable afin d'être mieux ...
lire la suite →
illusio-sociologie-secession

L’illusio de Bourdieu : êtes-vous pris par le jeu?

Honneur, richesse, prestige, postes, titres, carrières, pourquoi les gens courent-ils, après ce pour quoi ils courent ? Dans la sociologie de Pierre Bourdieu, l'illusio c'est le fait d'être pris par un ...
lire la suite →
Les sociologues ont élaboré une théorie de l'étiquetage. L'oeuvre de James Baldwin illustre cette théorie

Sociologie de l’Étiquetage : Je ne suis pas ton Nègre

Nous passons notre temps à étiqueter les gens. Les sociologues ont étudié les mécanismes et les conséquences sociales du processus d'étiquetage. L'écrivain James Baldwin livre un témoignage vécu de ce ...
lire la suite →
les contraintes sociales en sociologie critique

Contraintes sociales comment les expliquer?

Les contraintes sociales orientent notre vie quotidienne. L'un des enjeux de la sociologie consiste à rompre avec les opinions et les idées reçues, qui circulent à leur sujet. En effet, ...
lire la suite →

L'expression sociologie critique est-elle redondante ?

Le qualificatif "critique" est-il redondant dans l'appellation "sociologie critique"? C'est ce que laisse penser la position de Pierre Bourdieu. Dans Questions de sociologie, il écrit en effet que, par vocation, la sociologie est une science critique.

Nous savons que pour Émile Durkheim, père fondateur de la sociologie, la vocation de cette science consiste à délimiter les faits sociaux (notamment par opposition aux faits naturels ou psychologiques), à les décrire et à les expliquer en s'appuyant sur des méthodes et des concepts adéquats.

Force est de constater qu'en constituant un savoir sur les faits sociaux, la sociologie peut effectivement faire œuvre de critique. Ne serait-ce que parce qu'elle permet de rompre avec les idées reçues, les fausses croyances, les préjugés ou les prénotions.

Ainsi, Norbert Elias (Qu'est-ce que la sociologie?) nous invite à débusquer les "pseudo-explications métaphysiques" des phénomènes sociaux. Pour ce faire, il nous engage à identifier les réseaux d'interdépendances qui sont masqués par l'usage de formules abstraites, telles que "la mondialisation du commerce" ou "les lois du marché"... Par exemple, plutôt que d'avancer que la "robotisation" est responsable du chômage, il vaut mieux essayer d'établir quels sont les acteurs réels qui interagissent, dans la perspective d'introduire des robots dans les usines.

H.S. Becker écorne un autre de nos préjugés. Dans Outsiders, il montre que la déviance n'est pas en soi le fait de transgresser des règles. Il s'agit plutôt d'un processus graduel. Et c'est parce que leurs comportements sont qualifiés de déviants par le reste de la société, que certains individus en viennent à transgresser les lois.

On pourrait également évoquer l’analyse de Max Weber, sur le rôle de la rationalité formelle, dans les sociétés modernes. Cette forme de rationalité concerne l'organisation systématique des moyens et non pas des fins. L'application de cette forme de rationalité à tous les domaines de la vie est souvent tenue pour une forme de progrès et rarement remise en question. Pour le sociologue en revanche, ce phénomène qui agit "sans considération de personne" enferme nos sociétés modernes, dans la "cage d'acier" d'une nouvelle servitude.

Critique, la sociologie l'est également lorsqu'elle expose les mécanismes cachés des relations de domination. C'est le cas, par exemple, quand Pierre Bourdieu met au jour la corrélation entre la réussite scolaire et le capital culturel familial. Les familles détentrices de cette forme de capital visent la conservation de leur position dominante, par l'obtention de diplômes et titres scolaires. Et pour ce faire, elles tentent de justifier la réussite à l'école, par l'argument naturaliste de l'intelligence.

Si l'on en croit encore une fois Pierre Bourdieu, le sociologue remplira d'autant mieux sa vocation qu'il sera animé par une intention subversive. Car c'est en s'armant de cette détermination qu'il pourra s'attaquer à dévoiler les mécanismes de domination qui sont refoulés ou masqués.

Dès lors y a-t-il encore un pas à franchir pour rejoindre une autre forme de sociologie critique : celle qui adjoint des jugements de valeur à ses constats factuels?

D'un côté, il paraît légitime de penser qu'un écart sépare la simple mise au jour d'une relation de domination et la révolte contre cette forme de relation sociale.

Mais d'un autre côté, Charles Taylor (Les sources du moi : la formation de l'identité moderne) avance que les explications en sciences sociales sont toujours formulées à l'intérieur de cadres conceptuels dans lesquels jugements de fait et jugements de valeur sont intimement imbriqués.

C'est ainsi que les tenants d'une sociologie critique s'accordent au minimum sur le postulat normatif de l'égalité fondamentale entre les êtres humains. En revanche dans leurs travaux, ils mettent l'accent, sur l'analyse et la dénonciation de phénomènes différents : la domination (P. Bourdieu , L. Boltanski), l'exploitation (E.O. Wright), la construction du consentement (M. Burawoy), le mépris (A. Honneth), l'aliénation (C. Castoriadis) ...

Finalement, on connaît la boutade de Margaret Mead : lorsqu'on est insatisfait de soi-même on se fait psychologue et lorsqu'on est insatisfait de sa société on se fait sociologue. Or ce dernier pourrait bien voir son insatisfaction s'accroître au fur et à mesure de son exploration des réalités sociales. Toutefois, il se pourrait aussi qu'il trouve une raison d'espérer en montrant que ces réalités sont contingentes et que tout pourrait être différent.